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Théâtre

Rhinocéros d’Eugène Ionesco

Pièce phare du théâtre de l’absurde, Rhinocéros d’Eugène Ionesco a été publié en 1959 avant d’être mis sur scène l’année suivante.

L’intrigue se déroule dans un petit village qui voit l’arrivée et la transformation de ses habitant.e.s en rhinocéros. Le thème de la métaphore est clair, l’auteur représente sous la forme du mythe la montée des totalitarismes et du fascisme qui a secoué l’Europe pendant la seconde guerre mondiale.

Les personnages y sont des archétypes, ce sont des anti-héros. Béranger, le personnage principal, travaille dans un bureau et n’ose pas avouer son amour à sa collègue Daisy. Les autres personnages, ses collègues, son chef, les villageois.e.s sont également des individus ordinaires ; le but de l’auteur est en effet d’exploiter la psychologie de l’effet de masse dans une société moderne. Le langage totalitaire est ainsi représenté dans toute sa portée et sa puissance d’influence.

L’esthétique du mouvement littéraire de l’Absurde – né de la Seconde Guerre et qui rompt avec le style classique et le réalisme – montre l’incapacité du langage et l’impossible communication entre les habitant.e.s. Pièce en trois actes, le comique issue du parodique permet notamment de créer une distance critique pour la réception. Par ailleurs, dans ce contexte d’après-guerre, des questions métaphysiques et l’existentialisme de l’homme sont abordés au travers des personnages.

Finalement, cette pièce célèbre porte la force de désillusion d’un monde inventé qui s’inscrit dans la réalité sur scène. La symbolique du rhinocéros et de la métamorphose des individus contient une valeur universelle. Ainsi, la thèse principale au cœur de l’œuvre de Ionesco est que l’on se déshumanise dès que l’on cesse de penser par soi-même. Les questions sont par ailleurs laissées sans réponse pour ne pas replonger dans une nouvelle idéologie. Une œuvre à lire et à relire car elle révèle une forme de la condition humaine intemporelle, toujours d’actualité.